L’habit en roses au Voyage Textile de Chinon : plonger dans l’indigo, naturellement

salon textile Voyage Textile 2026 à Chinon

Après Toutes Fibres Dehors ! à La Gacilly, L’habit en roses poursuit son automne textile avec un rendez-vous particulièrement attendu : Le Voyage Textile de Chinon, les 14 et 15 novembre 2026.

Cette nouvelle édition aura pour thème « Plonger dans l’indigo ». Une invitation qui trouve un écho tout particulier dans mon travail de teinturière et créatrice de couleurs végétales, qui expérimente depuis plus de dix ans les différentes façons de faire vivre le bleu indigo sur les fibres naturelles.

À Chinon, L’habit en roses viendra présenter ses créations, mais aussi partager une conviction : l’indigo naturel n’a pas besoin de chimie de synthèse pour devenir bleu.

L’indigo est une teinture à part dans l’univers des couleurs végétales.

Contrairement à la plupart des colorants végétaux, le pigment indigo est insoluble dans l’eau. On ne peut donc pas simplement faire bouillir la plante et plonger le tissu dans le bain. Pour que l’indigo puisse pénétrer dans les fibres, il faut d’abord le transformer en une forme soluble et presque incolore : le leuco-indigo. C’est le principe de la teinture à la cuve par réduction.

Le teinturier crée un bain privé d’oxygène, dans lequel l’indigo bleu est réduit. Le pigment devient alors soluble et prend une couleur jaune-verdâtre. Le textile, préalablement mouillé, est plongé dans la cuve. Lorsqu’il en ressort, il paraît d’abord vert-jaune. Puis, au contact de l’air, l’oxydation fait son œuvre : le bleu apparaît progressivement sous les yeux du teinturier.

C’est précisément au niveau de la réduction que les choix du teinturier deviennent déterminants.

Mes techniques de réduction…

Teindre naturellement ne signifie pas uniquement travailler avec une plante. Le choix des auxiliaires et de la méthode pour monter la cuve compte tout autant. Je privilégie ainsi les procédés de réduction qui me paraissent être des solutions cohérentes avec une pratique artisanale et écologique.

La cuve au fer : une vieille recette particulièrement efficace

La cuve au fer associe l’indigo à un milieu alcalin et à un sel de fer permettant sa réduction. Cette méthode est particulièrement intéressante pour son côté simple et sa capacité à monter rapidement une cuve à partir d’un pigment indigo. Des recettes anciennes de teinture au pastel utilisaient notamment l’association indigo – sulfate de fer – chaux.

Cependant le sulfate de fer peut atteindre à l’intégrité des fibres fragiles, notamment les fibres animales (soie, laine). Je l’utilise uniquement pour les textiles en coton ou lin. Cette cuve permet de belles intensités de bleus.

La cuve au henné : faire travailler le vivant

Le henné, ici, ne sert pas à colorer le textile en rouge-orangé. Il intervient comme élément réducteur dans la cuve d’indigo. Cette méthode s’inscrit dans une famille de procédés où l’on cherche à faire travailler le plus possible des matières organiques. Ces cuves demandent cependant davantage d’observation, de temps et de compréhension du bain. La cuve devient véritablement un milieu vivant qu’il faut apprendre à écouter et à entretenir. Un joli procédé, qui convient à toutes les sortes de fibres, naturelles bien entendu…

La cuve au fructose : la douceur d’une réduction sucrée

J’utilise également une cuve au fructose, popularisée notamment par les travaux de Michel Garcia. Le fructose joue le rôle de réducteur, associé à l’indigo et à la chaux. L’intérêt premier de cette méthode reste sa rapidité de mise en œuvre. En effet, monter une cuve et l’avoir fonctionnelle pour la teinture demande du temps, d’autant plus si la cuve est volumineuse. Je réserve donc cette méthode lors des formations d’initiation que je délivre, pour pouvoir dans un laps de temps court monter une cuve et l’utiliser.

Et l’hydrosulfite de sodium…

Il existe une autre façon, très courante, de réduire l’indigo avec l’hydrosulfite de sodium. Techniquement, cette méthode est efficace, rapide et relativement facile à contrôler. L’hydrosulfite est un réducteur chimique puissant qui permet de rendre rapidement l’indigo soluble.

Cependant cet auxiliaire est un produit de synthèse qui présente quelques inconvénients :

  • la manipulation présente des risques importants (auto-échauffant et donc inflammable, toxique par ingestion et produisant un gaz toxique au contact d’acide),
  • son élimination doit être contrôlée afin de ne pas atteindre à l’environnement qu’il soit pur ou utilisé. Sa transformation dans le cadre d’une cuve de teinture à l’indigo produit sulfites, sulfates et thiosulfates et résiduel d’hydrosulfite de sodium… produits à éliminer dans un centre de collecte de déchets dangereux ou spéciaux, conformément à la réglementation locale).

Par souci de cohérence, j’ai préféré de pas associer un réducteur chimique de synthèse à ma pratique tinctoriale, basée sur un indigo naturel et local.

L’indigo français

La production française d’indigo végétal se développe. Deux plantes sont cultivables sous nos latitudes : le pastel des teinturiers (Isatis tinctoria), traditionnellement associé au Sud-Ouest, et la persicaire à indigo (Persicaria tinctoria) ou renouée des teinturiers, originaire d’Asie, très cultivée au Japon et désormais cultivée en France.

La production d’un extrait d’indigo est un véritable métier. Après la récolte, les feuilles doivent subir différentes étapes — fermentation ou transformation, oxygénation, filtration, séchage et broyage — avant de devenir le pigment utilisable dans une cuve. Il faut environ 150 à 200 kg de feuilles pour obtenir 1 kg de poudre d’indigo : produire son propre pigment n’est donc pas une mince affaire.

Quelques producteurs français à découvrir

La production française d’indigo végétal repose sur un réseau encore limité d’exploitations agricoles qui cultivent des plantes tinctoriales et en extraient des pigments naturels.

  • Le Champ des Couleurs – Installé à La Roque-d’Anthéron (13) – Le Champ des Couleurs cultive des plantes tinctoriales en agriculture biologique, notamment plusieurs variétés de persicaires à indigo. C’est aussi mon fournisseur historique depuis 2018. Il propose aussi des semences de plantes tinctoriales. Boutique en ligne.
  • Livadenn – Kerbors (22) – Livadenn est une ferme côtière spécialisée dans la production de plantes tinctoriales, notamment la persicaire à indigo. Fondée par Stéphanie Hégaret, l’exploitation est certifiée en agriculture biologique et assure sur place toutes les étapes de production, du semis jusqu’au conditionnement. Boutique en ligne
  • Ker Livioù – Questembert (56) – Ker Livioù développe une production de plantes tinctoriales issues de l’agriculture biologique, notamment la persicaire à indigo. Boutique en ligne.
  • La Fleurée Rouge – Roussillon (84) – La Fleurée Rouge cultive et transforme des plantes tinctoriales dans une démarche d’agriculture paysanne, sans pesticides ni engrais chimiques. La ferme produit notamment de l’indigo à partir de la renouée des teinturiers. Boutique en ligne.

Une filière en plein développement

A coté de ces producteurs, il existe également des projets qui intègrent la culture de plantes tinctoriales et notamment de celles qui produisent de l’indigotine, que ce soit persicaire à indigo ou pastel des teinturiers. Ces initiatives ne disposent pas encore d’une production régulière commercialisée. Mais il se profile une véritable filière française de l’indigo végétal : semences, cultures, récolte, extraction du pigment, transformation et utilisation par les teinturiers.

Et pour L’habit en roses, cette évolution est essentielle. Plus il sera possible de s’approvisionner en indigo végétal produit et transformé en France, plus il deviendra cohérent de défendre une teinture à l’indigo réellement inscrite dans une démarche de proximité et de réduction des impacts.

Rendez-vous à Chinon pour parler… et voir le bleu paraître

C’est tout cet univers que L’habit en roses souhaite vous faire découvrir au Voyage Textile de Chinon, les 14 et 15 novembre 2026. La thématique indigo est une belle occasion de montrer que derrière un simple tissu bleu se cachent une plante, un pigment, une réaction de réduction, de l’eau, de l’air, beaucoup de patience… et des choix.

Le Voyage Textile – Chinon 2026

14 et 15 novembre 2026
Chinon (37)
Thème : « Plonger dans l’indigo »


Place aux Métiers d’Art ! – 2025

Souvenir vidéo du salon d’été du 14 et 15 juin 2025

Je suis l’énergie des plantes au cœur des fibres naturelles

Petit extrait de la vidéo réalisée par Laurianne et Nicolas pour présenter l’ensemble des artisans présents au salon Place aux Métiers d’Arts ! 2025 de Rablay/Layon. Encore merci à eux !

L’atelier n’a toujours pas changé de nom, mais souvent, dans les échanges, le S final de L’habit en roses se fait parfois la malle…


Avocats

cagettes d'avocats frais

C’était un mercredi midi, je revenais du marché et, près des bennes à ordures sélectives, placées là par la municipalité pour minimiser le nettoyage de la place, il y avait deux ou trois piles de cagettes pleins d’avocats, à disposition de qui voulait bien se servir, avant mise en déchet. Certes, ils n’étaient pas beaux à voir. Ils avaient souffert du froid, de l’humidité, de la mévente. Quelques-uns étaient coupés en deux, pour dévoiler la partie appétissante et le calibre raisonnable du noyau, mais exposant désormais une chair oxydée, plus grise que verte. L’enveloppe, noire et grumeleuse, ne laissait pas transparaître l’état intérieur des fruits. Juste quelques bosselés pouvaient faire croire, sur quelques spécimens seulement, à un état de transformation interne le rendant immangeable.

Je me suis arrêtée avec mes courses. Une pause de réflexion. Et je suis repartie à pied chez moi, chercher un véhicule, pour réunir et transporter cette récolte inopinée ; mes petits bras ne pouvaient pas embrasser la quantité laissée en place.

Il m’était déjà arrivé de travailler ponctuellement avec des professionnels pour récupérer des ressources végétales : fanes de carottes avec un maraîcher, pelures d’oignons auprès d’un restaurant… J’avais déjà eu, il y a de nombreuses années, un cageot de peaux et noyaux d’avocats d’une soupe populaire. Mais les ressources tinctoriales sont importantes et je privilégie souvent celles de mon environnement immédiat, du jardin de plantes tinctoriales annuelles et vivaces que j’entretiens et du glanage dans son voisinage. Une fois n’est pas coutume et je me suis doté d’un stock en avocat, énorme par rapport aux quantités habituellement mises de côté par mes menus… Un glanage urbain !…

Il aura fallu, après, les inciser, couper en deux, dénoyauter, décharner à la cuillère, laver (et ça glisse un noyau d’avocat avec sa chair mure accolée), brosser et puis les sécher. C’est fait !

LHER - avocat 1
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Un avocat venu d’ailleurs

L’avocat est aujourd’hui l’un des fruits très exportés à travers le monde, en raison d’un transport facilité par d’une peau protectrice et un fruit ferme. L’avocat a en effet la faculté de murir après cueillette, arrivant ainsi en France encore vert et dur. L’Espagne et Israël sont les principaux pays produisant des avocats destinés au marché européen. Mais il nous arrive d’en trouver d’autres provenances, Amérique du Sud, Afrique. Ce n’est donc certes pas une plante tinctoriale locale ! Mais son prix de vente ne permet pas non plus d’imaginer l’avocat comme plante tinctoriale. En France, il reste un fruit comestible et c’est en déchet (peau, noyau) ou recyclage de cuisine qu’on l’utilise en teinture végétale.

L’avocat comme matière végétale colorante pour le textile

L’avocat (Persea americana) possède un potentiel tinctorial intéressant. Ses noyaux et ses peaux, riches en tannins catéchiques, permettent d’obtenir des nuances de rose, de brun et de beige sur les différentes fibres naturelles.

Petite recette

1. préparation des matériaux

  • Récupération des noyaux et des peaux après consommation.
  • Séchage à l’air à l’ombre pour préserver les propriétés tinctoriales.
  • Broyage ou découpe des peaux et noyaux pour faciliter l’extraction.

2. préparation du bain

  • Faire bouillir les morceaux de noyaux et/ou de peaux dans de l’eau pendant 1 à 2 heures.
  • Laisser reposer le bain de teinture pendant plusieurs heures pour intensifier la couleur.
  • Filtrer le liquide obtenu pour retirer les résidus solides.

3. préparation des fibres

  • Avec l’avocat, les fibres peuvent être teintes sans mordançage, mais un mordant ou nuançage au fer, vinaigre, carbonate de soude) permet de modifier la teinte.
  • Laver, rincer, essorer les fibres avant le bain de teinture.

4. teinture

  • Plonger les fibres dans le bain de teinture et laisser mijoter à feu doux pendant plusieurs heures.
  • Laisser reposer les fibres dans le bain jusqu’à ce que la couleur souhaitée soit atteinte (de quelques heures à plusieurs jours).
  • Rincer délicatement à l’eau froide et laisser sécher à l’ombre pour préserver la couleur.

Les couleurs par l’avocat

La couleur obtenue avec l’avocat varie selon plusieurs facteurs : la fibre utilisée, la concentration du bain, la durée de trempage et l’usage ou non de mordants.

FibreCouleur obtenue sans mordantEffet des mordants, nuançage
CotonBeige rosé Fer : brun foncé
LinRose clair à brun rougeFer : gris rosé
LaineRose saumon, beigeFer : à éviter sur la laine (rend la laine sèche et cassante)
SoieRose pâle à vieux roseFer : gris antique

Facteurs influant sur la teinte

  1. Le pH du bain de teinture : Un bain acide donne des teintes plus orangée, tandis qu’un bain alcalin (ajout de bicarbonate de soude) peut foncer la couleur vers des tons rouges bruns.
  2. Le temps d’immersion : Plus la fibre reste longtemps dans le bain, plus la couleur sera intense.
  3. La température du bain : Une cuisson longue à basse température permet de conserver des tons plus lumineux.
LHER - avocat 2

Du déchet comme matière colorante…

L’avocat, au-delà de son usage culinaire, est une jolie ressource pour la teinture végétale. Grâce à ses tannins catéchiques, il permet d’obtenir une belle gamme de couleurs allant du rose poudré au brun profond. Un bel exemple de transformation des déchets en ressource précieuse pour mon artisanat et une mode plus durable !


L’habit en roses à Toutes Fibres Dehors ! selon Anna Pismennyi

Merci Anna de cet interview impromptu dans le cadre de ce beau salon textile annuel Toutes Fibres Dehors ! organisé par Textile Métiers d’Art de Bretagne à la Gacilly (56).

L’atelier n’a toujours pas changé de nom, mais souvent, dans les échanges, le S final de L’habit en roses se fait parfois la malle…

Et je n’ai pas changé de nom. Le Z final de mon nom d’origine hispanique, transformé ici en S ne modifie pas trop sa reconnaissance. De mémoire, il y a une petite centaine d’année un grand-oncle avait adopté cette graphie, mais il est possible que son objectif était d’éviter quelques poursuites judiciaires…

Sur la chaine youtube d’Anna, Wool Way Anna Pismennyi Felting Art, vous trouverez ses autres coups de cœur.


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