Avocats

C’était un mercredi midi, je revenais du marché et, près des bennes à ordures sélectives, placées là par la municipalité pour minimiser le nettoyage de la place, il y avait deux ou trois piles de cagettes pleins d’avocats, à disposition de qui voulait bien se servir, avant mise en déchet. Certes, ils n’étaient pas beaux à voir. Ils avaient souffert du froid, de l’humidité, de la mévente. Quelques-uns étaient coupés en deux, pour dévoiler la partie appétissante et le calibre raisonnable du noyau, mais exposant désormais une chair oxydée, plus grise que verte. L’enveloppe, noire et grumeleuse, ne laissait pas transparaître l’état intérieur des fruits. Juste quelques bosselés pouvaient faire croire, sur quelques spécimens seulement, à un état de transformation interne le rendant immangeable.

Je me suis arrêtée avec mes courses. Une pause de réflexion. Et je suis repartie à pied chez moi, chercher un véhicule, pour réunir et transporter cette récolte inopinée ; mes petits bras ne pouvaient pas embrasser la quantité laissée en place.

Il m’était déjà arrivé de travailler ponctuellement avec des professionnels pour récupérer des ressources végétales : fanes de carottes avec un maraîcher, pelures d’oignons auprès d’un restaurant… J’avais déjà eu, il y a de nombreuses années, un cageot de peaux et noyaux d’avocats d’une soupe populaire. Mais les ressources tinctoriales sont importantes et je privilégie souvent celles de mon environnement immédiat, du jardin de plantes tinctoriales annuelles et vivaces que j’entretiens et du glanage dans son voisinage. Une fois n’est pas coutume et je me suis doté d’un stock en avocat, énorme par rapport aux quantités habituellement mises de côté par mes menus… Un glanage urbain !…

Il aura fallu, après, les inciser, couper en deux, dénoyauter, décharner à la cuillère, laver (et ça glisse un noyau d’avocat avec sa chair mure accolée), brosser et puis les sécher. C’est fait !

Un avocat venu d’ailleurs

L’avocat est aujourd’hui l’un des fruits très exportés à travers le monde, en raison d’un transport facilité par d’une peau protectrice et un fruit ferme. L’avocat a en effet la faculté de murir après cueillette, arrivant ainsi en France encore vert et dur. L’Espagne et Israël sont les principaux pays produisant des avocats destinés au marché européen. Mais il nous arrive d’en trouver d’autres provenances, Amérique du Sud, Afrique. Ce n’est donc certes pas une plante tinctoriale locale ! Mais son prix de vente ne permet pas non plus d’imaginer l’avocat comme plante tinctoriale. En France, il reste un fruit comestible et c’est en déchet (peau, noyau) ou recyclage de cuisine qu’on l’utilise en teinture végétale.

L’avocat comme matière végétale colorante pour le textile

L’avocat (Persea americana) possède un potentiel tinctorial intéressant. Ses noyaux et ses peaux, riches en tannins catéchiques, permettent d’obtenir des nuances de rose, de brun et de beige sur les différentes fibres naturelles.

Petite recette

1. préparation des matériaux

  • Récupération des noyaux et des peaux après consommation.
  • Séchage à l’air à l’ombre pour préserver les propriétés tinctoriales.
  • Broyage ou découpe des peaux et noyaux pour faciliter l’extraction.

2. préparation du bain

  • Faire bouillir les morceaux de noyaux et/ou de peaux dans de l’eau pendant 1 à 2 heures.
  • Laisser reposer le bain de teinture pendant plusieurs heures pour intensifier la couleur.
  • Filtrer le liquide obtenu pour retirer les résidus solides.

3. préparation des fibres

  • Avec l’avocat, les fibres peuvent être teintes sans mordançage, mais un mordant ou nuançage au fer, vinaigre, carbonate de soude) permet de modifier la teinte.
  • Laver, rincer, essorer les fibres avant le bain de teinture.

4. teinture

  • Plonger les fibres dans le bain de teinture et laisser mijoter à feu doux pendant plusieurs heures.
  • Laisser reposer les fibres dans le bain jusqu’à ce que la couleur souhaitée soit atteinte (de quelques heures à plusieurs jours).
  • Rincer délicatement à l’eau froide et laisser sécher à l’ombre pour préserver la couleur.

Les couleurs par l’avocat

La couleur obtenue avec l’avocat varie selon plusieurs facteurs : la fibre utilisée, la concentration du bain, la durée de trempage et l’usage ou non de mordants.

FibreCouleur obtenue sans mordantEffet des mordants, nuançage
CotonBeige rosé Fer : brun foncé
LinRose clair à brun rougeFer : gris rosé
LaineRose saumon, beigeFer : à éviter sur la laine (rend la laine sèche et cassante)
SoieRose pâle à vieux roseFer : gris antique

Facteurs influant sur la teinte

  1. Le pH du bain de teinture : Un bain acide donne des teintes plus orangée, tandis qu’un bain alcalin (ajout de bicarbonate de soude) peut foncer la couleur vers des tons rouges bruns.
  2. Le temps d’immersion : Plus la fibre reste longtemps dans le bain, plus la couleur sera intense.
  3. La température du bain : Une cuisson longue à basse température permet de conserver des tons plus lumineux.

Du déchet comme matière colorante…

L’avocat, au-delà de son usage culinaire, est une jolie ressource pour la teinture végétale. Grâce à ses tannins catéchiques, il permet d’obtenir une belle gamme de couleurs allant du rose poudré au brun profond. Un bel exemple de transformation des déchets en ressource précieuse pour mon artisanat et une mode plus durable !


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