
Sur 3 jours, du vendredi 6 au dimanche 8 novembre 2026, L’habit en roses retrouvera le salon Toutes Fibres Dehors ! à La Gacilly, un rendez-vous consacré aux fibres, aux matières et aux métiers d’art textiles. Pour L’habit en roses, cette nouvelle participation sera l’occasion de présenter ses couleurs végétales sur des matières naturelles soigneusement choisies, et notamment une collection de soies sauvages, forestières et non violentes.
De la plante au textile, créer la couleur
Chez L’habit en roses, la couleur commence dans le végétal. Je cultive quelques plantes tinctoriales dans mon jardin, en glane d’autres, pour répondre à mes besoins, ou privilégie des producteurs français. J’ai fait le choix de travailler autant que possible à partir de végétaux non transformés plutôt que d’utiliser des extraits tinctoriaux. Écorces, feuilles, fleurs, baies ou racines deviennent ainsi la matière première de mes bains de teinture.
Il n’y a pas, dans l’atelier, de nuancier auquel il faudrait se conformer. La couleur se découvre, s’expérimente et se construit. Si elle dépend certes de la plante, elle peut varier selon l’année, la saison, l’état du végétal, sans parler des nombreuses variations que la technique du teinturier apporte à la couleur par sa pratique.
C’est tout le sens du travail de teinturière végétale : faire avec le vivant plutôt que chercher à le standardiser.
Cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus large autour d’une mode plus responsable : matières naturelles, petites séries, pièces uniques, réemploi de certains textiles et collaborations avec des artisans qui transforment les fils ou les étoffes teints par L’habit en roses en vêtements et accessoires.
La soie aux couleurs végétales
La soie occupe une place particulière dans l’univers de L’habit en roses. J’ai sélectionné après trois voyages en Inde des soies artisanales, filées et tissées à la main, choisies pour leur qualité, leur texture et leur traçabilité. Les spécificités de ces étoffes offrent aux couleurs végétales un terrain d’expression exceptionnel.
Un même colorant peut ainsi prendre des accents différents selon la fibre, la construction du tissu ou la façon dont celui-ci accroche la lumière. Sur une soie lisse, la couleur semble lumineuse et continue. Sur une soie plus irrégulière, elle accroche les reliefs du tissage et fait apparaître une profondeur nouvelle.
La matière participe elle aussi à la couleur. C’est particulièrement sensible avec les soies sauvages indiennes, dont les irrégularités, les aspérités et les nuances naturelles ne cherchent pas à disparaître. Elles font partie de leur beauté.
Les soies indiennes : de la mulberry silk aux vanya silks
L’Inde occupe une place singulière dans l’histoire et la géographie mondiale de la soie. Elle est le seul pays à produire commercialement les quatre grandes catégories de soie que sont la mulberry silk, issue du ver à soie domestique Bombyx mori, et les trois principales non-mulberry silks, ou vanya silks : eri, tasar et muga. Cette diversité repose sur des espèces de lépidoptères différentes, sur des plantes-hôtes et des écosystèmes distincts.
La mulberry silk : une soie domestique
La mulberry silk, ou soie de mûrier, est produite par Bombyx mori, espèce domestiquée dont l’élevage est étroitement associé à la culture du mûrier (Morus spp.). Elle correspond à une soie classique, fine et blanche.
Certains se souviennent peut-être, dans les années 70, de l’expérimentation d’élevage en classes élémentaires, à base de feuilles de murier fraîches et de chenilles voraces, auquel les écoliers assistaient, un peu émerveillés, ou rebutés par cette pratique d’élevage parfois un peu lointaine des aspirations citadines de l’époque.
Le cocon du bombyx est constitué d’un filament continu de fibroïne, maintenu par la séricine. Cette continuité permet le dévidage du cocon — le reeling — et explique en grande partie l’aspect régulier, lisse et fortement réfléchissant de la soie de mûrier.
À l’inverse, les soies non-mulberry présentent souvent des filaments moins réguliers ou des caractéristiques de cocon qui conduisent à des modes de transformation différents, notamment le filage plutôt que le dévidage continu. Cette distinction entre soie filée et soie dévidée est essentielle pour comprendre la diversité esthétique des textiles indiens.






Les vanya silks : des soies issues des forêts
Les vanya silks regroupent principalement, en Inde, les soies tasar, muga et eri. Elles sont produites par plusieurs espèces de Saturniidae, insectes non apparentés au Bombyx mori. Les soies non-mulberry renvoient à des systèmes de production davantage associés aux espaces forestiers, à l’agroforesterie et à la diversité des plantes-hôtes, hébergement et repas compris pour la chenille. Cette relation étroite entre insectes, végétation et territoire explique l’emploi de l’expression soies forestières ou soies sauvages. Il convient cependant de préciser que « sauvage » ne signifie pas nécessairement que les chenilles sont prélevées dans la nature sans élevage : certaines espèces sont aujourd’hui élevées dans des systèmes de sériciculture organisés, au sein de systèmes agroforestiers.
Le tasar : une soie de forêt
Le tasar possède une place particulière parmi ces soies. En Inde, le tasar tropical est principalement associé à Antheraea mylitta, dont les chenilles se nourrissent de plusieurs espèces d’arbres forestiers, tels que le palash, l’arjuna ou le sal.
À la différence de la soie de mûrier, le cocon de tasar fournit une fibre dont les caractéristiques physiques donnent au textile une apparence plus organique : le fil présente davantage de caractère, la surface du tissu peut conserver des irrégularités et la lumière s’y réfléchit autrement.
Cette matière est particulièrement intéressante dans le cadre d’une teinture végétale. Une étoffe parfaitement régulière et une étoffe présentant des variations de texture ne réagissent pas visuellement de la même manière à un même bain tinctorial. La structure du textile devient alors une composante de la couleur.






La soie non-violente, une autre relation au cocon
Le terme ahimsa, associé à la notion de non-violence, désigne une pratique dans laquelle le cocon est récolté après la sortie du papillon. Le cocon est alors percé par grignotage par l’insecte qui se libère du cocon après sa métamorphose. Le fil de soie n’est alors pas récupéré sous la forme d’un long fil continu par dévidage, mais en multiples sections discontinues qu’il faut donc assembler par filage.
Le filage de fibres discontinues produit un fil plus volumineux et irrégulier que le filament dévidé de la mulberry. Ces différences ne constituent pas des défauts à corriger : elles sont précisément ce qui donne à ces textiles leur particularité.
| Type de soie | Type de ver à soie | Nourriture de la chenille | Aspect | Toucher | Observations |
|---|---|---|---|---|---|
| Tussar | Plusieurs espèces sauvages du genre Antheraea | Arjun, Saja, Sal et d’autres arbres forestiers selon l’espèce et la région | Beige, miel, doré | Texture naturellement légèrement granuleuse | Grande famille de soies sauvages d’Inde |
| Eri | Samia ricini | Ricin (Ricinus communis) principalement, mais aussi manioc, papayer, etc. | Blanc cassé, crème | Très doux, cotonneux, mat | Souvent appelé « ahimsa silk », car le cocon peut être récolté sans tuer la chrysalide |
| Mulberry | Bombyx mori | Feuilles de mûrier (Morus spp.) presque exclusivement | Blanc ou crème, très uniforme | Lisse, doux, brillant | Soie la plus régulière et généralement la plus fine |






Une matière à colorer
Chez L’habit en roses, le choix de ces soies prend ainsi tout son sens : associer à une teinture végétale une matière dont la texture, l’origine et le mode de production restent perceptibles dans l’étoffe finale. Le résultat est moins une recherche de perfection uniforme qu’une rencontre entre deux expressions du vivant : celle de la plante tinctoriale et celle de la fibre produite par le ver à soie.
Pour une teinturière travaillant avec des colorants végétaux, cette dimension est essentielle. La couleur ne se dépose jamais sur une surface abstraite. Elle rencontre une fibre, un fil, un tissage, une texture et une lumière.
La teinture ne cherche alors pas à uniformiser l’étoffe. Elle révèle la matière autant qu’elle la colore.
Un salon textile incontournable
Cette édition sera l’occasion pour L’habit en roses de dévoiler ses toutes nouvelles et micro-productions, fruit d’un travail autour des fibres naturelles et des couleurs végétales. Gilets, corsages, mais aussi des pièces plus légères et des plaids viendront enrichir les collections de pièces uniques de l’atelier avec leurs nuances de couleurs subtiles
Participer à Toutes Fibres Dehors ! est pour nous bien plus qu’une vitrine : c’est un lieu d’échanges et de liens, où les fibres se mêlent aux histoires, et où naissent des vêtements qui sont autant de passerelles entre nature et création.
Nous serons heureux de vous accueillir à La Gacilly pour vous faire découvrir ces nouvelles pièces et, à travers elles, les belles alliances tissées avec nos partenaires artisans.
Deux jours de partage les 6, 7 et 8 novembre 2026 entre 14h et 18h le vendredi, 10h et 18h le samedi et dimanche, à la Salle Artémisia à La Gacilly (56).
Une organisation aux petits oignons par Textile Métiers d’Art de Bretagne – TMAB.
Plus de 40 artisans passionnés — tisserands, brodeurs, couturiers, feutriers, modistes, bijoutiers textile, tapissiers — viendront exposer leur art, les matières et les gestes.
Buvette, restauration pour une pause conviviale entre deux découvertes